Autres considérations
Attitudes de l'entourage
- Sans l’aide des intervenants et de leurs proches, les personnes présentant une déficience intellectuelle ont de la difficulté à effectuer une démarche introspective et à généraliser les concepts qui leur sont enseignés. Il est important que les personnes de l’entourage deviennent des agents de transfert des connaissances et de généralisation des acquis. Sans un tel soutien, les nouvelles habiletés demeurent particulièrement fragiles.
- Les perceptions et les attitudes des personnes significatives dans l’environnement humain ont une influence importante sur leur image et l’estime personnelle des personnes présentant une déficience intellectuelle. Il est donc essentiel d’opter pour une approche responsable et positive qui évite d’accoler à la personne toute forme d’étiquette.
- Une communication claire, efficace et continue entre tous les partenaires écosystémiques est également essentielle à l’atteinte des objectifs. Ces mêmes partenaires devront effectuer des interventions cohérentes et harmonisées en tenant compte de leur rôle et de leurs mandats spécifiques. Chaque individu de l’entourage doit être un modèle adéquat présentant une vision saine, égalitaire et respectueuse de la vie intime, affective et sexuelle. Pour ce faire, il est primordial que chacun prenne conscience de ses propres attitudes, convictions et comportements. L’entourage doit ainsi être sensibilisé, soutenu et ouvert à un travail de concertation pour le mieux-être de la personne.
- Il ne faut pas sous-estimer l’importance de la répétition comme stratégie d’apprentissage. Plusieurs personnes présentant une déficience intellectuelle ont besoin que l’on reprenne le contenu d’un apprentissage spécifique afin de l’assimiler. Lorsque l’objectif porte sur un contenu abstrait, cela s’avère encore plus important. De plus, lorsque l’apprentissage d’une nouvelle habileté est jugé satisfaisant, il faut ensuite prévoir sa généralisation. En effet, une autre caractéristique, souvent observée en déficience intellectuelle, est la difficulté de recourir à un nouvel apprentissage dans d’autres contextes que celui où l’enseignement ou l’intervention s’est déroulé. La planification minutieuse du transfert des apprentissages dans divers environnements est une étape incontournable afin de finaliser une séquence d’apprentissage. Ouellet, Bandeira et L’Abbé (1987) proposent des pistes d’action afin d’optimiser la généralisation d’habiletés sociales. Il faut donc s’armer de patience et devoir répéter ce que l'on souhaite que la personne retienne ou maîtrise comme façon de se comporter.
Changement d'intervenants et transfert de dossier
- Un des facteurs contribuant à l’échec de l’atteinte des objectifs, et par le fait même à l’augmentation du risque, est le changement d'intervenants et l’absence de transmission des informations spécifiques à la problématique. Lors d’un transfert de dossier, l’intervenant de référence doit prendre le temps de prendre connaissance du dossier de la personne.
- Le nouvel intervenant doit aussi être sensibilisé par les intervenants ou professionnels ciblés à la problématique sexuelle et s’approprier le plan d’intervention et d’encadrement.
- L’équipe autour de la personne doit s’assurer de la continuité et de la cohérence au niveau des interventions en établissant un plan de transition.
Le milieu d'apprentissage ou de travail
- Pour une personne présentant une déficience intellectuelle et des troubles de la sexualité, il est important de participer à des activités ou à des tâches valorisantes pour le développement de son estime personnelle. Aussi, le fait d’être occupée de manière constructive fait en sorte qu’elle a moins de temps libre ou non structuré qui favorise l’émergence de pensées et d’actes sexuels problématiques. Pour ce faire, les activités quotidiennes proposées à la personne doivent être en résonance avec ses capacités, ses forces et ses intérêts. Dans plusieurs cas, la personne doit être encadrée et accompagnée pour minimiser les risques et optimiser la généralisation des acquis.
- Il est toujours opportun d’évaluer minutieusement le pairage dans le milieu et de s’assurer que l’équipe d’intervention est sensibilisée aux difficultés de la personne et à ses besoins. La vigilance et la supervision sont particulièrement recommandées lors des périodes moins structurées telles que les pauses, l'heure des repas et les périodes d'attente. La réalisation de soi à travers des activités scolaires ou de travail sensé et valorisant est une des clefs de la réussite du plan d’intervention concernant les troubles du comportement sexuel.
Pairage résidentiel
- Au niveau résidentiel, il est nécessaire de privilégier un milieu de vie sécuritaire, adapté et cohérent qui limite les situations à risque et qui met en valeur la qualité de vie et le bien-être des résidents. Il faut éviter que la personne soit en présence de personnes vulnérables ou correspondant à son profil d’excitation sexuelle.
- Des individus présentant une dynamique sexuelle abusive ou tout autre trouble grave de la sexualité ne devraient pas partager le même milieu de vie que des personnes vulnérables ou qui ont été victimes d'agression sexuelle. La rencontre de telles dynamiques augmente significativement les risques pour la sécurité, le bien-être ainsi que la santé sexuelle des individus.
- Lorsque le niveau de risque est élevé (niveau 3 et 4), il serait avantageux que la personne soit dirigée vers une ressource d’hébergement spécialisée avec du personnel formé en lien avec les troubles du comportement sexuel.
Judiciarisation
- La banalisation et la minimisation des comportements sexuels délictueux et du risque chez les personnes présentant une déficience intellectuelle sont des attitudes qui favorisent l’enracinement des comportements problématiques. Ces mêmes attitudes limitent leur capacité de responsabilisation et d’intégration sociale puisqu’elles sont ainsi privées d’une opportunité de recevoir un message clair et cohérent et de développer des habiletés sociosexuelles appropriées. Il est donc important que ces personnes puissent faire l’expérience des conséquences légales de leurs actes dans la mesure où le processus judiciaire est adapté à leur réalité, qu’il est compréhensif de leurs besoins et des enjeux qui s’y rattachent et qu’il s’inscrit dans une perspective constructive et responsable tout en veillant à protéger la communauté.
- Les intervenants et les proches de la personne doivent s'assurer que cette dernière a accès aux services d'un avocat et que ses droits seront respectés.
- Une étroite collaboration doit s'établir entre le milieu de la réadaptation et le réseau de la justice pour offrir à la personne des services équitables et adaptés à ses caractéristiques.
- Le milieu de la réadaptation offrant des services sur une base volontaire, la personne devra être orientée vers des services spécialisés si le risque de récidive est trop élevé.
- En cas d'incarcération, les intervenants en réadaptation doivent collaborer et soutenir le milieu carcéral.
- À la sortie du milieu carcéral, la personne devra bénéficier du plan d'intervention de niveau 3.
[1. Introduction] [2. Les troubles de la sexualité] [3. Le risque]
[4. Comportements sexuels problématiques et estimation du risque]
[5. Les interventions] [6. Autres considérations] [7. Conclusion]
[8. Formation spécialisée] [9. Références]










