Les troubles de la sexualité

Les comportements sexuels inappropriés

Comment pouvons-nous décrire un comportement sexuel inapproprié? Voici quelques caractéristiques de ce type de comportements :

  • Les comportements sexuels inappropriés sont des conduites susceptibles de bousculer les valeurs personnelles et morales de l'entourage.

  • La personne qui présente ces comportements transgresse des normes ou des conventions sociosexuelles.

  • Il peut s’agir de comportements sexuels qui se manifestent dans des endroits ou des contextes inadéquats.

  • Ces comportements peuvent être nuisibles pour la personne, puisqu'ils représentent une entrave à son développement social et affectif.

  • La présence de ces comportements sexuels inappropriés constitue une limite importante dans les relations interpersonnelles.

  • Ces comportements ont comme effet d’augmenter la vulnérabilité de la personne l’exposant à des risques de subir diverses formes d’abus ou d’agressions.

  • Ils peuvent aussi exposer la personne au jugement, au rejet, à l’exclusion et à l’obtention de faux diagnostics de déviance ou de délinquance sexuelle.

La déviance contrefaite

On peut résumer le concept de déviance contrefaite en référant aux travaux d' Hingsburger, Griffiths et Quinsey (1993) :

  • La déviance contrefaite est un ensemble de comportements sexuels que l’on rencontre chez les personnes présentant une déficience intellectuelle. Elle est le produit d’expériences, d’un contexte environnemental ou de facteurs médicaux plutôt que le produit d’une paraphilie sexuelle.

  • Différents facteurs de vulnérabilité (biomédicaux, psychologiques et socioenvironnementaux) ainsi que des limitations au niveau du développement du jugement moral, des habiletés sociales et du contrôle pulsionnel... peuvent affecter les personnes présentant une déficience intellectuelle, ce qui dans plusieurs cas mène vers des comportements sexuels inappropriés ou déviants qui se distinguent des paraphilies.

  • La déviance contrefaite reflète chez la personne présentant une déficience intellectuelle le manque d’intimité, de connaissances, d’habiletés sociosexuelles et d’opportunités pour avoir des activités sexuelles appropriées, égalitaires, consentantes et respectueuses. Elle n’est pas le reflet d’un véritable trouble de santé mentale ni d’un profil d’excitation sexuelle déviant exclusif ou persistant.

  • Le concept de déviance contrefaite renvoie à des comportements sexuels déviants dans leur forme, mais non dans leur nature profonde. Ces comportements sont circonstanciels, sporadiques et non paraphiliques.

Les troubles graves de la sexualité

L’expression « troubles graves de la sexualité » regroupe plusieurs termes qui, à quelques différences près, ont la même signification. Les termes paraphilie, déviance sexuelle et délinquance sexuelle déterminent généralement les mêmes types de comportements sexuels problématiques. L’ensemble de ces comportements ont un impact excessivement néfaste sur autrui et sur la personne elle-même et présentent un caractère illégal et criminel.


Paraphilie bénigne - définition (tirée et adaptée de Hingsburger, Griffiths et Quinsey, 1993)

  • Il existe plusieurs formes de paraphilie bénigne. Elles se caractérisent par un éveil sexuel déviant.

  • Les individus sont sexuellement stimulés par des fétiches ou des images, qui de manière habituelle ne sont pas dangereux pour eux-mêmes ou pour autrui.

  • Elles apparaissent assez fréquemment chez les personnes sans déficience intellectuelle et sont considérées problématiques si elles causent des douleurs physiques, psychologiques ou si elles s’expriment publiquement et de manière inappropriée.

  • Habituellement, les personnes sans déficience intellectuelle les expriment en privé et dans un contexte de consentement mutuel.

  • Les personnes présentant une déficience intellectuelle, vivant dans des systèmes plus encadrants (supervision et vigilance accrues) ont souvent moins de liberté pour exprimer leurs paraphilies bénignes (manque d’intimité, plus exposées aux jugements…).

Paraphilie ou déviance sexuelle - définition

  • Selon le  DSM-IV-TR (American Psychiatric Association, 2000), impulsions sexuelles répétées et intenses de fantaisies imaginatives sexuellement excitantes impliquant soit (1) des objets inanimés, soit (2) l’humiliation ou la souffrance du sujet lui-même ou de son partenaire, soit (3) des enfants ou des personnes non consentantes, se produisant pendant une période d’au moins six mois.

  • La déviance se traduit également par des comportements sexuels impliquant des objets ou des situations inappropriées qui reviennent de façon marquée et persistante. Les personnes qui vivent des déviances sexuelles se trouvent souvent dans des codes d’attractions limitatifs. Par exemple, on retrouve des personnes qui n’érotisent qu’une seule partie du corps (ex : pied, seins), un objet (ex : soulier, bas de nylon) ou qu’un seul scénario (ex : domination, soumission) pour arriver à faire monter leur excitation sexuelle. Leur fonctionnalité sexuelle et leurs relations amoureuses en sont grandement affectées.

  • "Patterns" d’excitation sexuelle persistants dont la source provient de stimuli atypiques ou bizarres, généralement accompagnés d’une détresse psychologique significative  perturbant le fonctionnement normal de la personne.

  • Tout comme dans la population, un faible pourcentage des personnes présentant une DI posent des gestes sexuels offensifs et dangereux. Les individus sont sexuellement stimulés par des fétiches, des images ou des personnes mineures ou non consentantes et ils présentent un danger pour eux-mêmes ou pour autrui. (Adaptée de Hingsburger, Griffiths et Quinsey, 1991).

  • Dans certains contextes, une déviance sexuelle peut prendre la forme d'une pratique sexuelle délinquante.

Délinquance sexuelle - définition

  • Selon les services correctionnels du Canada (2005), une personne présentant une délinquance sexuelle : 1) est déclarée coupable d’une infraction sexuelle, 2) est déclarée coupable d’un acte criminel inspiré par la violence sexuelle ou 3) a admis une infraction sexuelle, qu’elle soit ou non déclarée coupable.  Il est possible de recourir à un seul de ces critères ou à une association de critères. L’infraction sexuelle constitue un acte criminel.  Chaque infraction est énoncée, définie en vertu du Code criminel, de même que les éléments de preuve qui doivent constituer le fondement d’une déclaration de culpabilité et la gamme des sanctions qui y sont associées.  Les infractions sexuelles sont classées en deux catégories : les agressions sexuelles ou les autres infractions sexuelles. Comme agression sexuelle, on entend ce qui désignait auparavant un viol, tandis que les autres infractions sexuelles comprennent la pédophilie de même que beaucoup d’autres formes d’agressions sexuelles moins communes.

La collecte de données

L’évaluation doit toujours être effectuée par des professionnels qui possèdent à la fois une expertise et une expérience de travail dans le domaine des troubles graves de la sexualité et de la déficience intellectuelle. Par contre, les proches et le réseau de soutien doivent participer activement à la collecte de données.

Les informations pertinentes à obtenir :

  • Renseignements généraux sur la personne.

  • Histoire psychosociale.
  • Renseignements sur le milieu de vie actuel.
  • Occupations quotidiennes et loisirs.
  • Fonctionnement personnel et psychosocial de la personne.
  • Caractéristiques de la personne.
  • Historique et profil médicaux.
  • Diagnostics : psychologique, psychiatrique, neuropsychologique et autres.
  • Développement psychosexuel.
  • Description des habitudes de vie sexuelle.
  • Description détaillée des comportements sexuels problématiques.
  • onséquences antérieures associées à des antécédents de même nature (comportements sexuels déviants ou délinquants).
  • Facteurs de stress et déclencheurs connus.
  • Services professionnels reçus.
  • Autres services de soutien.

Les sources d’information pour effectuer la collecte de données :

  • Entrevues avec la personne.
  • Rencontres ou communications avec les intervenants et les professionnels.
  • Rencontres avec la famille.
  • Rencontres avec les responsables de la ressource d’hébergement.
  • Renseignements provenant des services policiers et des avocats.
  • Consultation d’évaluations antérieures : psychiatrie, psychologie, neurologie, neuropsychologie, sexologie, etc.
  • Analyse de dossiers médicaux.
  • Analyse de dossiers scolaires et psychosociaux.

L'évaluation spécialisée

L’évaluation doit toujours être effectuée par des professionnels qui possèdent à la fois une expertise et une expérience de travail dans le domaine des troubles graves de la sexualité et de la déficience intellectuelle. Le processus d’évaluation s’inscrit dans une démarche transdisciplinaire et écosystémique. Il peut prendre plusieurs jours, semaines ou mois. Au cours de l’évaluation, la collaboration des proches et du réseau de soutien est un atout essentiel.

Les objectifs de l’évaluation :

  • Cibler le type de problématique sexuelle et identifier les facteurs associés, contributifs et précipitants.
  • Émettre un diagnostic différentiel ou des observations cliniques.
  • Effectuer une estimation du risque.
  • Déterminer le type d’encadrement approprié en fonction de l’estimation du risque et des ressources disponibles.
  • Émettre des recommandations concernant le plan d’intervention (éducatives et thérapeutiques) auprès de la personne et de son réseau de soutien.
  • Évaluer la nécessité de recourir à des expertises plus spécifiques (santé mentale, neuropsychologie…).

Les considérations particulières :

Avant d’amorcer le processus d’évaluation :

  • Il est essentiel de voir aux mesures préventives de protection : éviter que la personne n’ait accès aux victimes ou à des personnes vulnérables.
  • Il est important d’obtenir le plus rapidement possible toutes les autorisations d’échange d’information et de divulgation des renseignements pour effectuer la collecte de données.
  • La personne devrait être rapidement prise en charge par une équipe transdisciplinaire.
  • Il est important de collaborer avec l’équipe des troubles graves du comportement de votre organisation.
  • L’évaluation peut être effectuée dans un milieu ouvert en communauté ou dans un contexte résidentiel plus encadré.
  • Si la personne est judiciarisée, l’évaluation doit s’effectuer dans un contexte de collaboration avec les partenaires du réseau de la justice.


[1. Introduction]       [2. Les troubles de la sexualité]      [3. Le risque]

[4. Comportements sexuels problématiques et estimation du risque]

[5. Les interventions]       [6. Autres considérations]       [7. Conclusion]

[8. Formation spécialisée]       [9. Références]

Ouvrir une porte, un geste qui fait chaud au coeur